23 Avr 2018
Irbid, Jordanie
Énergies renouvelables et efficacité énergétique

Ce qui a débuté sur les toits de Jordanie comme une initiative locale pionnière — visant à transformer des espaces urbains oubliés, véritables pièges à chaleur, en microclimats verts et isolés — s’est mué en une force d’envergure mondiale. Aujourd’hui, l’entreprise Lina Energy, fondée par le Dr Lina Al-Kurdi, fait le lien entre l’architecture durable participative et l’ingénierie industrielle à grande échelle ; elle a évolué du secteur local de l’écoconstruction pour devenir un fournisseur international de systèmes solaires avancés de type N, de solutions de stockage d’énergie LFP et d’infrastructures vertes intégrées, déployant ses activités au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique du Nord.

Lina Al-Kurdi a entendu parler des toits verts pour la première fois quand elle était étudiante en énergies renouvelables à l’Université de Jordanie. Dans son esprit, quelque chose a fait tilt. « C’est une solution exceptionnelle et unique qui permet non seulement de réduire les coûts énergétiques, mais aussi de restaurer l’environnement au cœur de la ville », dit-elle.

Lina Al-Kurdi crée Lina Energy en janvier 2017 après avoir suivi le programme d’entrepreneuriat vert de SwitchMed « En tant qu’ingénieure, je n’avais pas la mentalité d’un entrepreneur, alors le programme m’a aidée à comprendre comment aborder ce projet », dit-elle. « Cela m’a aidée à passer d’une simple idée d’entreprise à la mise en œuvre et à la préparation d’un plan d’affaires écologique ».

Dans le cadre de leur étude de marché, Lina Al-Kurdi et son équipe ont passé 18 mois à examiner l’impact que les toits verts pourraient avoir sur l’efficacité énergétique dans toute la région. Ils ont constaté que les taux de réduction de la consommation d’énergie allaient de 12 % dans le nord de la Jordanie à 19 % dans le sud du pays. Dans une étude réalisée en 2017 sur les économies d’énergie et le potentiel économique des toits verts en Arabie Saoudite, les chercheurs ont constaté que les bâtiments avec des toits verts permettaient une réduction de 35 % de la consommation d’énergie – et que les toits verts étaient une option encore inexplorée qui pourrait atténuer la pollution, réduire les îlots de chaleur urbains et absorber les bruits.

Lina Energy cible les établissements commerciaux — tels que les centres commerciaux, les hôpitaux, les écoles privées et les universités — soit tout site nécessitant une climatisation importante pour assurer le confort de ses usagers. « Dans la région MENA, les besoins en climatisation s’étendent sur la majeure partie de l’année ; si nous souhaitons apporter une plus-value à la collectivité en créant des espaces verts, nous voulons également que le propriétaire du toit végétalisé en retire un avantage direct grâce aux économies réalisées », souligne Al-Kurdi. Ne se limitant pas au marché jordanien, Al-Kurdi envisage également de mener des projets dans toute la région.

Un monde où l’énergie est efficace, et pas seulement renouvelable :

Convaincre les premiers investisseurs a constitué un défi majeur durant la première année, nécessitant de faire évoluer la perception de l’efficacité énergétique par rapport aux énergies renouvelables.

« Quand on parle de photovoltaïque, d’éoliennes et de biogaz, tout le monde dit savoir de quoi il s’agit et comment ils fonctionnent. Ils envisageront d’y investir et ils n’ont pas peur », explique Al-Kurdi.

Si le grand public associe généralement l’efficacité énergétique aux seuls appareils électroménagers, les toitures végétalisées restent moins connues. Al-Kurdi demande au ministère de l’Énergie de leur accorder les mêmes exonérations fiscales que celles dont bénéficient les entreprises du secteur des énergies renouvelables.

Le Dr Shady Attia, consultant en efficacité énergétique, souligne que la Jordanie a réussi à généraliser le solaire en toiture depuis les années 1980 et a désormais besoin d’un cadre législatif reconnaissant les toitures végétalisées. Le soutien des pouvoirs publics, ajoute-t-il, pourrait ouvrir la voie à des projets sur des bâtiments publics, tandis que les clients du secteur commercial pourraient être séduits par les gains de productivité liés à la présence de végétation.

Combiner énergies renouvelables et toitures végétalisées 

En fin de compte, le défi pour Al-Kurdi consiste à faire évoluer les mentalités. « Le concept de toiture végétalisée est éprouvé chez les cabinets d’architecture à l’étranger, mais lorsque je rencontre des promoteurs en Jordanie, ils jugent le coût très élevé, alors même qu’il est inférieur de plus de 50 % aux tarifs internationaux », explique Al-Kurdi en évoquant ses expériences commerciales à ce jour.

Pour lever certaines de ces réticences, Lina Energy propose aux promoteurs un système hybride : une solution mêlant toiture végétalisée et production d’énergie renouvelable (via des panneaux photovoltaïques ou des turbines). Cette combinaison, ainsi que le fait d’être la seule entreprise de toitures végétalisées en Jordanie, constituent les principaux atouts distinctifs de la start-up.

Lina Energy facture des frais modiques pour la conception et la réalisation d’un diagnostic énergétique du bâtiment. Bien que l’entreprise ait autrefois fourni ces services gratuitement, Al-Kurdi indique que cette pratique conduisait à sous-estimer la valeur de leur solution.

En 2018, la prochaine étape majeure etait d’obtenir le financement d’un toit pilote de 100 m² (pour un coût d’environ 10 000 $) constitue la prochaine étape majeure pour faire connaître le système. Parallèlement, Al-Kurdi fait avancer deux projets potentiels : l’un en Arabie saoudite et l’autre en collaboration avec une ONG jordanienne.

« L’impact positif sur la communauté, une fois nos premiers projets réalisés, a été immense », affirme Al-Kurdi. « Mais nous avions besoin de temps et de concrétiser ce premier projet pour convaincre nos clients potentiels d’adopter le système et pour démontrer son importance pour nos villes. »

Le Dr Shady Attia souligne les avantages concrets observés au Caire : « Nous sommes en plein désert ; dans ces villes à très forte densité, ces toits offrent aux habitants la seule occasion d’accéder à la nature », ajoutant qu’ils constituent également des sources de nourriture et créent des emplois.

Créer des espaces communautaires pour la flore et la faune

Lina Energy veille à ce que chaque conception de toiture soit unique et adaptée à l’environnement local.

« Nous concevons nos toits de manière à ne pas introduire de plantes envahissantes dans la zone », explique Al-Kurdi. « Nous pouvons également créer des toits végétalisés qui favorisent l’écosystème d’espèces sauvages spécifiques, notamment celles menacées par l’expansion urbaine. »

En privilégiant les plantes indigènes — telles que les plantes grasses résistantes à la sécheresse, la lavande, l’agapanthe, le bougainvillier et la fleur nationale de la Jordanie (l’iris noir) — l’équipe mise sur la biodiversité locale. « Nous nous efforçons de sélectionner des arbustes efficaces pour la séquestration du carbone et menons des recherches sur des types de végétation capables de traiter d’autres gaz à effet de serre que le carbone », précise Al-Kurdi.

« Vous seriez surpris par la diversité des plantes résistantes à la sécheresse qui sont à la fois belles et fleuries. Il n’est pas nécessaire d’introduire d’autres types de végétation pour obtenir un bel effet visuel. »

Ces systèmes sont également conçus pour les climats arides et intègrent des solutions d’irrigation adaptables, notamment des modèles performants à faible consommation d’eau, des systèmes de récupération des eaux de pluie et des dispositifs de recyclage des eaux grises, entièrement conçus en interne.

Un marché au Moyen-Orient et au-delà

Grâce à une expérience interculturelle acquise en Italie, en Suède et en Bulgarie, Al-Kurdi fait le lien entre les innovations européennes en matière de technologies propres et les besoins spécifiques de la région MENA. « Certaines solutions de toitures végétalisées ont été mises en œuvre aux Émirats arabes unis, mais ces projets ont échoué car ils n’étaient pas adaptés au climat local », explique Mme Al-Kurdi. « Notre solution ne relève pas de l’expérimentation : nous comprenons le climat et la culture du lieu où nous intervenons. »

Tout en reconnaissant que la croissance est inévitable, elle prône un aménagement urbain plus intelligent : « Il s’agit de se dire : « Développons-nous tout en réduisant les dommages causés à l’environnement » », déclare Mme Al-Kurdi. « Nous avons besoin de logements et d’infrastructures pour assurer les services nécessaires. Couvrons-les donc de végétation. L’enjeu n’est pas seulement de développer les villes, mais de les rendre plus intelligentes et plus économes en énergie. »

Jardins en toiture sur les parkings publics

Depuis 2024, Lina Energy LE est à l’avant-garde dans la région grâce à ses jardins en toiture innovants installés sur des parkings publics. Ces solutions urbaines transforment les « jungles de béton » en oasis vivifiantes. Ces espaces verts luttent contre la chaleur, purifient l’air et offrent un refuge aux pollinisateurs. Lina Energy LE favorise le développement de villes durables, apportant beauté, détente et une bouffée d’air frais aux habitants. Son portefeuille d’activités complet ouvre la voie à un avenir plus vert, faisant des villes non seulement des lieux fonctionnels, mais aussi des espaces de vie sains et dynamiques.

Épilogue : Des toits urbains à une empreinte mondiale dans le domaine de l’énergie propre

Ce qui a débuté en Jordanie comme une initiative locale visant à rafraîchir les espaces urbains grâce à des toitures végétalisées et des solutions d’isolation écoénergétiques a pris une ampleur bien supérieure à ses frontières d’origine. Portée par la dynamique de ses débuts au sein du programme SwitchMed, le Dr Lina Al-Kurdi a su transformer Lina Energy en une entreprise multirégionale, avec des activités réparties entre son siège en Bulgarie, une base régionale à Amman et des pôles en Chine et au Canada.

Aujourd’hui, l’offre de l’entreprise s’est largement diversifiée au-delà des microclimats verts pour répondre aux exigences de la transition énergétique moderne : elle propose désormais des modules solaires à haut rendement, des systèmes de stockage sur batteries LFP et des solutions d’infrastructure complètes de type EPC (ingénierie, approvisionnement et construction). Lina Energy prouve qu’une initiative locale en faveur de la durabilité urbaine peut évoluer pour devenir un moteur puissant de l’économie verte mondiale.

Pour en savoir plus sur Lina Energy consultez son site Web et sa page Facebook.

Photos : Avec la permission de Lina Energy.

Hilary est journaliste, photographe et créatrice. Elle adore travailler avec les entrepreneurs pour partager leurs histoires et elle le fait partout dans le monde.Hilary Duff
Comment les espaces oubliés de la ville permettent d’économiser l’énergie | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Lina Energy Énergies renouvelables et efficacité énergétique